Lundi 2 juin 2008 1 02 /06 /Juin /2008 18:48
Rose flétrie
Si, si ! C'est sûr !

C'est le printemps !
Escargot

Et même prochainement : l'été...
Soleil

Difficile à croire, compte tenu de ces dernières semaines de pluies (interminables?) qui nous ont plutôt plongé dans à une atmosphère automnale.

Les magazines nous répêtent qu'il est difficile de nos jours de se repérer tant le monde avance et cela dans tous les domaines (consommation, éducation, travail, société, famille...). Mais, même si les saisons perdent elles aussi le fil et ne nous indiquent plus l'époque de l'année où l'on se situe, à quoi donc véritablement se raccrocher pour ne pas marcher à côté de ses pompes?

Parapluie A vos parapluies !, nous rétorquent les météorologistes.

Oui?
Y a-t-il un message caché derrière cette invitation?
A y réléchir, pourquoi pas finalement : et si la clé se trouvait là, sous nos yeux, sans que l'on ne puisse réussir à l'identifier tellement elle est banale?

Ampoule Vérification :

Étymologiquement, un para-pluie est censé nous protéger contre ce qui tombe du ciel (en l'occurrence, des gouttes d'eau). On perçoit ici déjà que la seule dénomination de notre bon vieux "pépin" suffit à mal déclencher notre imaginaire en développant, de facto, une aversion pour ce "sale temps" et à nous mettre en mécanisme de défense contre ce ciel qui s'assombrit et peut même nous tomber sur la tête...

Le langage courant, contribue lui aussi à renforcer ce mode d'appréhension quelque peu réducteur du temps (ou pour être exact, de notre espace-temps) : on dit en effet fréquemment que "le temps se gâte" ou que "le ciel menace" laissant présager un orage grondeur...

Difficile à ce compte d'apprécier les changements climatiques (et pluviométriques) qui sont véritablement abordés (et à tort!) comme une rétorsion, sorte de punition pouvant être en lien avec une culpabilité réelle ou fantasmatique.

Notre mémoire collective ne s'y trompe pas non plus : pour peu que l'on regarde du côté des mythes ou croyances, on trouve en fonction des cultures, une pluie de dieux, divinités ou malédictions, agitant ou déchaînant les éléments qui, bien que nécessaires à la vie, peuvent s'avérer dangereux voire mortels pour la condition humaine s'ils viennent à manquer ou à excéder.

On comprend dès lors que ce temps puisse être angoissant voire phobogène, car extérieur (à soi), et de fait imprévisible. Les bons scores d'audience des bulletins météo nous donnent à voir ce besoin si naturel de vouloir se rassurer et cette volonté d'être préparé (autant que cela puisse être possible...) en devenant actant face à cet inconnu.

Vouloir d'une manière récurrente anticiper les aléas climatiques objective tout de même autre chose de caché derrière cet écran : une angoisse autre que la banale obsession de la pluie et du beau temps. Cette angoisse est nommée angoisse du temps (du temps qui passe, pour être précis) en raison de l'aspect central de la temporalité dans le psychisme humain.

Cette temporalité qui nous conduit vers l'inéluctable ne peut qu'être considérée, de prime abord, qu'en terme de "mauvais temps" (et c'est compréhensible!). Pourtant c'est là que le bât blesse car cette approche ne peut que générer échecs en tout genre. En effet, face à cela nous développons une propension à essayer de tenir à distance, voire à dénier, le fait que nous soyons mortels, ce qui nous contraint parfois (souvent?) à des comportements particuliers, voire limites, mettant en lumière un rapport au temps déformé, pouvant dépasser toute réalité.
Notre quotidien en est le miroir
: actes complètements décalés quant à notre âge (infantilisme, jeunisme...) ou quant à l'époque où l'on se situe (on parle ici de comportement atemporel, c'est-à-dire en inadéquation avec le présent).
Les exemples de pseudo-maîtrise du sablier sont eux aussi nombreux, à en voir la
 propension à compacter/remplir dans une journée un grand nombre de tâches ou d'activités.

On le soupçonne, tout cela nous coûte beaucoup d'énergie en terme de stratégies (mises en place d'une manière souvent inconscientes) et peut dans des cas extrêmes nous mettre complètement en danger (sans oublier les personnes que nous croisons) car, à ne pas vivre dans son temps (qu'il soit temps personnel et/ou temps sociétal), on ne vit même plus dans son corps. La part belle est alors faite aux comportements dits "kamikazes" (tout secteur confondu) où à l'extrème la peur n'existe plus, pour rien (pas même plus de la mort). L'état des lieux des conduites à risques illustre d'ailleurs très bien celà.
Le bénéfice (lui aussi fréquemment inconscient) étant de freiner la course du chronomètre, il l'emporte bien souvent en dépit de tous les désagréments ou les dangers.

Comme vous pourrez le soulever ici (et à juste titre),  nous sommes tout de même un peu loins quant à notre inquiétude météoro-logique habituelle où le mécanisme sous-jacent prend une forme bien précise et identifiable : le
contre-investissement phobique, c'est-à-dire, de déplacement du problème sur d'autres domaines plus ou moins éloignés mais concervant un lien avec celui-ci.
Cette action psychologique permet de maintenir l'angoisse à distance, tout en ne l'éliminant pas véritablement.
Ainsi, l'inquiédude du temps qui passe peut aisément glisser sur le temps qu'il fait, le pas étant franchi sans trop de difficultés pour l'inconscient personnel (de par un lien vite établi dans la chaîne des signifiants). L'intérêt quotidien (pouvant aller jusqu'à l'obsession) pour la météo s'intalle en tant que mécanisme de défense assurant une certaine contenance de l'angoisse.
Le cinéaste français Jean-Pierre Jeunet ne s'y était pas trompé lorsqu'il annonçait : "C'est l'angoisse du temps qui passe qui nous fait tant parler du temps qu'il fait".

Nul doute que son nom si singulier (Jeune-né) ait pu le mettre sur la voie de cette découverte...


Ampoule La solution me direz-vous?

Peut-être nous est-elle donnée à voir par notre fameux parapluie que nous avons quelque peu laissé de côté au cours du déroulement de cet article : l'autre sens du mot para-pluie étant de faire à côté de (la pluie).
Ainsi, la solution s'impose d'elle-même et ne consiste plus à faire contre mais plutôt à côté de.
Il ne s'agit donc plus de lutter ou de résiter mais de faire avec (le temps).
C'est toute la place de ce que l'on nomme l'acceptation (ou pour parler autrement du lâcher prise), qui n'est pas une résignation mais une adaptation à la réalité et à ses aléas.
On rejoint ici les courants de pensée positive qui véhiculent de changer notre regard sur les choses à travers l'application du verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide.
Ainsi, travailler sur son angoisse du temps (qui passe) peut se faire par médiation interposée telle la météo et ses imprévus. Celle-ci abordée en terme de "de faire à côté de"
(ou avec) nous posera de facto de moins en moins de problèmes.
Fini la grise mine face à la pluie qui s'installe et au saisons qui se chamboulent : à nous d'objectiver tout ce que l'on ne peux plus faire lorsque le soleil (et la chaleur) s'installe et nous pousse à sortir du foyer, à profiter de l'extérieur.
Les caprices pluviométriques nous imposent quoi qu'il en soit de prolonger notre hibernage, sorte d'invitaion à plus d'introspection ou de moments d'intimité. Autant le mettre à profit et à y prendre du plaisir...
L'angoisse du temps ne se règlant jamais complètement (et ce, malgré un travail sur soi approfondi),  nous devons l'apprivoiser pour ne pas être invalidés par elle et pour en faire quelque chose (la sublimer?).
Pour les psychanalystes, c'est le travail de toute une vie, cheminement personnel qui rejaillit forcément sur l'autre/les autres.
Les gens du Nord (comme on les nomme) l'ont peut-être compris si l'on se base sur l'accueil et le plaisir à recevoir qu'ils donnent à voir, malgré leur légendaire
mauvais temps...

S.T.
Par Stéphane Trouvé
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